Mon guide à Madrid: Articles, conférences et liens utiles 

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LEPETITJOURNAL.COM Marchandise royale: L'échange de princesses entre l'Espagne et la France

Marchandise royale: L’échange de princesses entre l’Espagne et la France

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 25/04/2022 à 15:00 
 

C’est bien connu, les relations entre la France et l'Espagne au cours de l'histoire ont parfois été très difficiles ou, au contraire, très étroites… Des traités de paix ont été signés dans lesquels des comptes ont été réglés, des territoires ont été cédés et... des princesses ont été échangées! Nieves Ugalde, Guide-Conférencier nous raconte quelques passages truculents.

C’est bien connu, les relations entre la France et l'Espagne au cours de l'histoire ont parfois été très difficiles ou, au contraire, très étroites… Des traités de paix ont été signés dans lesquels des comptes ont été réglés, des territoires ont été cédés et... des princesses ont été échangées! Nieves Ugalde, Guide-Conférencier nous raconte quelques passages truculents.

Et oui, il faut bien avouer que la vie de princesse, c’était loin d’être comme dans les dessins animés de Walt Disney. Les princesses représentaient une simple marchandise qui faisait partie de l'échange d'héritières, afin de renforcer les "relations de sang" entre l’Espagne et la France.

C'est le cas d'Éléonor d'Autriche, sœur de l'empereur Charles Quint, qui était, rappelons-le, le pire ennemi du roi François Ier. Le 14 janvier 1526, le traité de Madrid est signé par Charles Quint et François Ier qui était alors emprisonné à Madrid après la défaite française à la bataille de Pavie.

La France perd les Flandres et gagne une princesse

Aux termes du traité, la France renonce à ses droits sur le Milanais, Gênes, la Bourgogne, Naples, l'Artois, Tournai et les Flandres en faveur de l'empereur Charles. En outre, François Ier s'engage à épouser la sœur de Charles Quint, Éléonor, et à envoyer deux de ses fils en Espagne comme garantie du respect du traité.

Anne d’Autriche doit épouser Louis XIII

Près d'un siècle plus tard, le 9 novembre 1615, une nouvelle princesse, cette fois la fille du roi d’Espagne Philippe III, Anne d'Autriche, âgée de 14 ans (connue comme la protagoniste des Trois Mousquetaires), est échangée contre la fille du roi français Henri IV, Isabelle de Bourbon, qui vient d'avoir 13 ans. La première épousera le roi de France Louis XIII (et mettra au monde le futur Louis XIV) et Isabelle de France devra se marier au roi d’Espagne Philippe IV.

Livraisons de Bidassoa

L'échange de princesses est entré dans l'histoire sous le nom de "livraisons de Bidassoa". En effet, sur chacune des rives du fleuve, un bâtiment a été érigé afin que les cortèges puissent assister à l'événement sans en manquer aucun détail. Au milieu, une grande plate-forme a été construite où l'échange avait lieu. Les princesses étaient transportées dans des bateaux jumeaux tirés par des cordes.

1659 : Les Pyrenées, frontière entre les deux pays

Quelques années plus tard, et non loin de là, sur une terre appelée l'île aux faisans, située à l'embouchure de la rivière Bidassoa, le traité des Pyrénées a été signé le 7 novembre 1659, mettant fin au conflit entre l'Espagne et la France qui avait débuté en 1635, pendant la guerre de Trente Ans. Dès lors, les Pyrénées sont devenues la frontière naturelle entre les deux pays.

Louis XIV épouse une princesse espagnole

Dans le traité international de 124 articles signé par Louis de Haro et Mazarin, représentants des souverains des monarchies espagnole et française, il est également convenu que Louis XIV épousera Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, dont la dot est fixée à un demi-million d'escudos d'or, en échange de la renonciation à ses droits de succession au trône d'Espagne. Le contrat de mariage est ratifié sur la même île par les deux monarques, Louis XIV et Philippe IV. 

L’île franco-espagnole des faisans

La souveraineté sur l'île des Faisans est partagée entre l'Espagne et la France depuis le traité de Bayonne (1856). Pendant longtemps, l'île aux faisans a été une source majeure de conflits entre les pêcheurs espagnols et français, qui travaillaient sur les deux rives de la Bidassoa, qui sert de frontière naturelle entre les deux pays. Afin d'éviter ces affrontements et d'empêcher que l'îlot ne devienne une zone non réglementée, les deux États ont finalement décidé de se répartir la juridiction de l'îlot pendant six mois de l'année. C'est pourquoi elle est également connue sous le nom de "Ile de la Conférence" ou "Ile des Diplomates", ce qui en fait la plus petite copropriété du monde.

LEPETITJOURNAL.COM Lorsque les Francs repeuplèrent la Castille

Lorsque les Francs repeuplèrent la Castille

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 20/02/2022 

Qui pourrait imaginer que des régions d’Espagne ont été repeuplées lors de la Reconquête par une grande communauté de Francs qui ont formé des quartiers et construit des édifices en l'honneur du Saint Patron de la France ? Nieves Ugalde, Guide-conférencier, nous raconte ces histoires méconnues qui montrent une fois de plus les relations étroites entre nos deux pays.
 
 

Saint Martin de Tours est né en 316 dans l'actuelle Hongrie, dans la famille d'un officier de l'armée romaine et a été baptisé en 334. Il rejoint la garde impériale romaine à l'âge de 15 ans. La légende qui l’a rendu célèbre se situe aux alentours de 337 : Alors que Martin était à Amiens, il rencontre un mendiant grelottant de froid près de la porte de la ville, auquel il donne la moitié de son manteau. Après avoir quitté l'armée romaine, Martin décide de mener une vie religieuse. En 371, il est nommé évêque de Tours. Il est aujourd'hui le saint patron de la France et de la Hongrie et est fêté le 11 novembre.

Mais quelle relation entre Saint Martin de Tours et la Castille ?

Comme le rappelle Nieves Ugalde Brochon, en 711, les Arabes (Omeyyades) ont envahi la péninsule Ibérique et ont vaincu le dernier roi chrétien Rodrigo, à la bataille de Guadalete. Les chrétiens se réfugient alors dans le nord de la péninsule où, peu après, ils entament la Reconquête (ce terme n’apparaît qu’au XIXe siècle). C’est ainsi qu’ils remportent leur première bataille à Covadonga, sous le commandement de Don Pelayo, qui établit le royaume chrétien indépendant des Asturies.

Petit à petit, les chrétiens récupèrent des territoires, profitant des moments de faiblesse de Al-Andalus, créant de nouveaux royaumes, jusqu'à atteindre le centre de la péninsule au XIe siècle. En 1085, avec le roi de León, Alfonso VI, "Le Brave", la conquête tant attendue de Tolède a lieu.

Vers 1090, Alphonse VI de León accepte de récompenser les différents chefs étrangers qui l'ont soutenu dans diverses campagnes militaires, en épousant plusieurs de ses filles et en leur cédant le pouvoir féodal sur divers territoires. C’est ainsi que la fille aînée du roi Alphonse VI, l'infante et future reine Urraca Ier de León, épouse Raymond de Bourgogne (Besançon, 1070-Grajal de Campos, 20 septembre 1107), un noble de Franche-Comté qui a introduit la dynastie bourguignonne dans les royaumes de León et de Castille.

Vers 1091, le roi Alphonse VI de León nomme son gendre, Raymond de Bourgogne, gouverneur de la Galice au nord de la rivière Minho et du Portugal, entre le Minho et Coimbra. Il lui confie également la tâche de diriger le repeuplement des terres situées entre le Duero et les Montagnes Centrales ainsi que les alentours de Salamanque, Avila et Ségovie.

Au fur et à mesure que ces royaumes conquièrent des territoires, ils doivent être repeuplés de population chrétienne pour sécuriser ces nouvelles terres dévastées par les batailles successives. Ces nouveaux colons sont autorisés à obtenir des terres et à être des propriétaires libres, car il s'agissait d'une zone frontalière dangereuse, en particulier face à d'éventuelles incursions des musulmans.

Ces régions de Castille ont alors été repeuplées par des personnes de différents peuples : Léonais, Goths, Asturiens, Basques, Cantabres, Mozarabes et surtout une grande communauté de Francs qui ont formé des quartiers dans des villes comme Madrid, Ávila, Salamanque, Ségovie et Tolède, et ont construit des églises, des couvents ou des hôpitaux toujours en l'honneur de leur saint Martin de Tours.

Dans le cas de Madrid, l'un des premiers monastères construits dans la nouvelle ville chrétienne fut le couvent de San Martín. Ses origines remontent à la fin du XIe siècle, et son établissement a donné naissance à l'un des premiers faubourgs de la ville qui porte son nom : le faubourg de San Martín. Il était situé dans le bloc actuel formé par les rues Arenal, Hileras et San Martín. L'église du couvent était située dans ce qui est aujourd'hui une partie de la Plaza de San Martín (annexée à la Plaza de las Descalzas et plus précisément dans le bâtiment de la Caja de Ahorros y Monte de Piedad de Madrid), juste en face du couvent des Reales Descalzas.

La population de la paroisse augmente de plus en plus, de sorte qu'au XVIIe siècle, le faubourg compte déjà une centaine de rues et quelque 2.500 maisons. Au début du XIXe siècle, le monastère était pratiquement en ruines. Les précieuses archives de la bibliothèque ont été perdues. Des actes de vandalisme en 1936, ainsi que le bombardement lors de la défense de Madrid ont fait le reste. Depuis le milieu du XXe siècle, le seul rappel du monastère Saint Martin réside dans le nom de la rue et de la place de San Martín.

Rappelons par ailleurs que le 11 novembre coïncide avec l'abattage du porc en Espagne. C'est pourquoi il existe un célèbre proverbe qui prévient que "A cada cerdo, le llega su San Martín…" (pour faire référence au fait que toute action mauvaise aura des conséquences).

 

Des Francs provençaux à San Ginés

Dans le cas de l'église de San Ginés à Madrid, située dans la Calle del Arenal, on trouve des références à ce temple dès le début du XIIe siècle. On pense que l'origine du culte du saint français pourrait également remonter au moment même de la conquête de Madrid, lorsque Raymond de Bourgogne repeupla ce quartier situé dans un faubourg hors des murs de la ville avec des Francs provençaux qui décidèrent de construire leur église en l'honneur de leur saint né à Arles : Saint Genès.

Genès, originaire d'Arles, était un soldat qui s'est fait connaître par sa maîtrise de l'écriture, ce qui lui valut d'être nommé secrétaire du magistrat romain d'Arles. Dans l'exercice de ses fonctions, on lui avait demandé de recopier le décret de persécution des chrétiens. Outré dans son idéal de justice, le jeune homme refusa. Il fut capturé et exécuté et reçut le baptême dans son propre sang. Il est aujourd'hui le saint patron des notaires.

A signaler enfin que l'église de San Ginés contient de nombreuses œuvres d'art à l'intérieur et renferme également un trésor que la plupart des Madrilènes ignorent : un tableau d'El Greco, l'Expulsion des marchands du temple ou Purification du temple, peint dans sa dernière période, entre 1610 et 1614. 

LEPETITJOURNAL.COM Légendes et anecdotes de Madrid: Les maisons à malice

Les maisons à malice

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 12/11/2020 

Madrid offre d'innombrables recoins insolites qui regorgent d’anecdotes plus ou moins chargées d’histoire. Nieves Ugalde Brochon, Guide-conférencier, en a choisi quelques-unes et nous fait découvrir un profil différent d'une métropole toujours surprenante.

 

C'est le meilleur exemple du style picaresque du Madrid des XVIe et XVIIe siècles. La population devait alors accueillir les fonctionnaires du roi lorsque la Cour s'installait dans leur ville. Après avoir définitivement établi la capitale à Madrid en 1561, Philippe II proclame une loi qui stipule que lorsqu’une maison à deux étages ou plus, le deuxième étage et les suivants étaient mis à la disposition de la royauté pour loger ses fonctionnaires. Il fallait également les nourrir et laver leurs vêtements.

Pour échapper à une telle servitude, certains propriétaires ont commencé à transformer leur maison de l’extérieur, de sorte qu'un seul étage pouvait être vu depuis la rue et qu'au lieu de cela, il pouvait y avoir jusqu'à quatre étages à l'arrière, cachés des passants. Les Madrilènes ont enfin été libérés de ce fardeau avec la construction de ce qui est aujourd’hui le Cuartel del Conde Duque en 1717.

Une inscription, portant les lettres VG (Visite Générale) qui numérotaient les blocs de maisons à la suite des inspections effectuées par les fonctionnaires de la Couronne (les rues n'avaient pas encore de nom) est encore visible sur quelques façades du centre historique de Madrid. Quant aux maisons à malice, il est encore possible d’en voir quelques-unes entre la rue de los Mancebos et celle de la Redondilla, rue del Conde, rue del Rollo et, mieux encore, d’en découvrir une en visitant le passionnant Musée de la maison Lope de Vega, dans le quartier de Las Letras (visites guidées sur rendez-vous).

Pourquoi et comment François Ier montra ses fesses à Charles Quint ?

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 05/11/2020 
 
Madrid offre d'innombrables recoins insolites qui regorgent d’anecdotes plus ou moins chargées d’histoire. Nieves Ugalde Brochon, Guide-conférencier, en a choisi quelques-unes et nous fait découvrir un profil différent d'une métropole toujours surprenante.


La tour et maison des Lujanes constitue probablement le plus ancien bâtiment civil de Madrid datant du XVe siècle, situé Plaza de la Villa, à quelques pas de la Puerta del Sol. Le roi de France François Ier, qui était le pire ennemi de l'empereur Charles Quint, a été capturé à la bataille de Pavie et emprisonné pendant un an dans la Tour des Lujanes avant d’être transféré à l'ancien Alcazar.

François Ier était le prisonnier de luxe de Charles Quint et on lui a donc demandé une rançon de luxe ! Comme la somme était si élevée, il accepta d'offrir ses deux jeunes fils en échange de sa libération (son fils, le futur roi de France, Henri II, a été très marqué par les années qu'il passerait en prison à Madrid).

On raconte qu'au moment de sa libération, Charles Quint attendait du roi de France qu'il reconnaisse sa défaite et s'agenouille devant lui. François Ier ne voulant pas subir une telle humiliation, Charles Quint envoya des ouvriers pour abaisser la hauteur de la porte de sortie afin de forcer François Ier, qui était très grand, à se pencher en partant. Mais le roi de France, qui avait bien compris le stratagème de Charles Quint, sortit à reculons, en montrant son derrière au monarque espagnol !

Le fantôme de Casa America

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 29/10/2020 

 

Madrid offre d'innombrables recoins insolites qui regorgent d’anecdotes plus ou moins chargées d’histoire. Nieves Ugalde Brochon, Guide-conférencier, en a choisi quelques-unes et nous fait découvrir un profil différent d'une métropole toujours surprenante. Premier chapitre : le fantôme de la Casa América...

Avant de devenir Casa América il y a presque 30 ans, ce magnifique bâtiment qu’il est possible de visiter, était à la fin du XIXe siècle le palais des marquis de Linares. Le jeune marquis, José de Murga, avait épousé en cachette, et contre l’avis de son père, une roturière, Raimunda Osorio y Ortega, qui s'avérerait en fait être sa demi-sœur. Le destin avait en effet voulu que les deux frères se rencontrent et tombent amoureux. 

Après la mort du père de José, les époux découvrent avec effroi leur véritable parenté, semble-t-il grâce à une lettre laissée par le vieux marquis à son fils. C'est ici que commence la tragédie des marquis de Linares et la légende qui, même aujourd'hui, n'a pas été complètement éclaircie. Le pape Léon XIII avait accordé au couple incestueux une bulle qui leur permit de vivre sous le même toit, mais dans la chasteté. Il semble cependant que le mal était déjà fait… 

Les marquis, José et Raimunda, ont ainsi déclaré dans leur testament qu'ils n'avaient pas d'enfant. Mais, si c’est le cas, à quelle fin avaient-il ordonné de construire une maison de poupée dans le jardin de la luxueuse demeure ? C'est à ce moment qu'apparaît la figure presque spectrale d’une petite fille appelée aussi Raimunda. Qui était-elle ? Le fruit d'un mariage incestueux dont la fin tragique est restée un mystère ?

En effet, certaines théories affirment que la fille de Raimunda était née difforme à cause de cette relation incestueuse. Cependant, la version la plus répandue de l'histoire dit qu'après avoir découvert qu'ils étaient frères, les marquis de Linares auraient décidé de tuer leur propre fille qu'ils considéraient maudite. Aurait-elle été emmurée dans l’une des pièces du palais de Linares lui-même ? Ou bien noyée par ses parents et enterrée plus tard dans le jardin du palais ?

Toujours est-il qu’en 1990, un peu avant les travaux de rénovation du bâtiment pour en faire le siège de Casa America, le personnel de nettoyage et les gardiens rapportent des épisodes de bruits étranges et de spectres à l'intérieur de ce palais abandonné depuis des années. Des psychophonies qui disaient : "Ma fille Raimunda, jamais, jamais" ou "Maman, maman, je n'ai pas de maman" sont même enregistrées dans certaines pièces, ce qui a suscité une enquête in situ sur les phénomènes paranormaux, mais aucune explication n’a pu être apportée. 
 

Retrouvez d'autres légendes et anecdotes, dans les épisodes suivants

Diffusée en direct le mercredi 28 Avril 2021 « Évasion à Tolède, une ville aux trois cultures » Ville des trois cultures, ville des trois religions… Quand on flâne le long de ses petites ruelles, on recule facilement de plusieurs siècles dans l’Histoire. Car Tolède a été une ville romaine, wisigothique, musulmane et enfin chrétienne : siège des Rois Catholiques et ancienne capitale du royaume, jusqu’au XVIe siècle quand le fils de l’Empereur, Philippe II, décida de la déplacer à Madrid. Mais Tolède est aussi la ville du peintre crétois Le Gréco où il vécut jusqu’à sa mort.
Votre guide-conférencière Nieves Ugalde Brochon vous propose au cours de cette visite virtuelle une ballade dans l'ancien quartier juif avec ses synagogues, pour découvrir la mosquée du Christ de la Lumière du Xe siècle et l'impressionnante Cathédrale de Sainte-Marie.

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